La présence d’un double réseau d’eau - potable
et non potable - est l’héritage de la pensée hygiéniste
et des travaux haussmanniens.
Les 1 700 km de réseau d’eau non potable contribuent aujourd’hui
à l’entretien du réseau d’assainissement, au
nettoiement de la voirie,
à l’arrosage de plantations, et à la trame d’eau
de parcs, jardins, et bois de Paris. En 2012, le Conseil de Paris a décidé
du maintien et de l’optimisation de ce réseau, et a approuvé,
en 2015, un premier schéma directeur des usages et du réseau.
L’anticipation d’un nouveau schéma directeur 2022-2034
a conduit la Direction de la Propreté et de l’Eau - DPE -
et Eau de Paris à rechercher l’adéquation du
niveau de service
pour les usages de l’eau non potable avec un niveau d’investissement
soutenable.
La
propreté et l’assainissement |
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Le
réseau d’ENP joue un rôle majeur, historique,
dans la gestion de la propreté
à Paris. Plusieurs équipements y contribuent en
surface et en égouts.
Les
bouches de lavage (BL)
Les
BL permettent d’assurer un nettoyage des caniveaux et des
trottoirs considéré plus efficace en temps et en
résultat - urine, déjections canines, poussière
et pollution… - que le nettoyage à sec. Comme le
rappelle l’étude STEA/Prolog de 2019, leur utilisation
est aussi ancrée dans les mentalités des riverains
et de leur perception de la propreté. Les échanges
sur le quartier test du XVIIIe arrondissement, dans le cadre de
l’élaboration de l’atlas, confirment qu’il
arrive que des usagers privés ouvrent, sans autorisation
les BL, pour compléter le nettoyage de leurs trottoirs,
voire pour rafraîchir l’espace public en période
de forte chaleur.
La densité et la répartition homogène des
BL sur le territoire parisien garantissent un haut niveau de service,
mais s’avèrent aussi potentiellement une contrainte
forte dans la perspective de la rationalisation du réseau.
Le couple réseau de distribution/BL est en ce sens étroitement
lié.
Les
BL sont particulièrement nécessaires pour le nettoyage
des biefs stationnés que les engins de nettoiement ne peuvent
traiter aussi efficacement que les biefs non stationnés.
Localement elles peuvent aussi servir au remplissage d’engins
de nettoiement de trottoirs (ENT), en complément des BRT,
et plus ponctuellement pour le nettoyage : véhicules de
service, travaux de voirie.
La réduction du nombre de BL nécessite d’examiner
la situation de biefs concernés - stationnés ou
non, densément souillés ou non… -, de renforcer
la coordination de l’exploitation entre balayeurs et engins,
de reporter une partie du nettoyage à l’eau sur une
flotte plus importante de véhicule, d’accroître
les fréquences de passage : impact sur la circulation,
le bruit, le paysage, l’entretien, le stockage… Cette
évolution a déjà été engagée
par la Ville depuis plusieurs années et, comme le souligne
le rapport de 2019, un développement de la mécanisation
semble donc possible mais il ne pourrait pas couvrir l’ensemble
des voies parisiennes avec une fréquence de lavage soutenue.
L’objectif d’une réduction du nombre de BL,
dans la perspective d’une économie de la ressource
en eau, suppose aussi de poursuivre le diagnostic de l’existant
engagé ces dernières années, en lien avec
les équipes locales, pour couvrir la totalité de
Paris. Il s’agit à la fois de s’assurer de
leur bon fonctionnement - fermeture, fuite, pression, qualité
de coulage… - et de leur niveau d’utilité pour
la propreté, mais aussi, potentiellement, pour le rafraîchissement
et l’arrosage.
Des systèmes simples et économiques, à l’image
du rouleau de moquette et des sacs plastiques orientant utilement
les flux d’eau, mériteraient d’être revisités
en associant expérience de terrain et créativité
technique et esthétique. Ils pourraient accompagner d’autres
tests en cours notamment sur les bouches à jet orientable
et les BL à clé prisonnière.
Les
bouches de remplissage de tonne (BRT)
Le
parc des BRT référencées par Eau de Paris
compte 547 unités, dont 231 alimentées par le réseau
de distribution : diamètre inférieur à 300
mm. Selon les données transmises au STTP par 14 divisions
territoriales, dans le cadre de l’étude de 2019,
sur un total de 410 BRT, 130 ne seraient plus utilisables, car
leur emplacement n’est plus sécurisé au regard
de l’évolution de circulation à Paris : pistes
cyclables, voies de bus…
Plusieurs hypothèses sont avancées pour le redéploiement
et l’optimisation des BRT : assurer le fonctionnement de
2 à 3 BRT par atelier territoriaux - Paris en compte 89
-, installer des BRT dans les garages de la SMM situés
dans Paris, réduire l’ensemble de 410 à 270
points d’alimentation, en comptant sur un complément
avec les BL pouvant faire office de BRT.
Ces hypothèses d’optimisation supposent, là
encore, l’accroissement du nombre d’engins de nettoiement
de chaussée (ENC) de grande capacité pour réduire
le nombre de remplissage.
Si les BL et les BRT sont aujourd’hui essentiellement utilisées
par les services publics de la Ville, il faut noter que l’usage
de branchements équivalents ou nouveaux existe dans des
emprises privées, tant pour le nettoyage que pour l’arrosage.
Elles se rencontrent dans des emprises de tissus de villas et
autres grandes copropriétés privées, mais
également dans les emprises de grands bailleurs sociaux.
À ce sujet, le cas récent de l’ensemble de
logements de Paris Habitat, rue Armand Carrel XIXe, mérite
d’être signalé.
Les
réservoirs de chasse (RC)
Les
RC peuvent constituer une assez forte contrainte dans l’optique
d’une rationalisation du réseau ENP (1),
du fait notamment de leur rôle important dans le curage
régulier des petites lignes.
(1)
- STEA/Prolog Ingénierie, Étude sur l’adéquation
du niveau de service pour les usages de l’eau non potable
avec un niveau d’investissement soutenable - Phase 1 : État
des lieux du patrimoine et des usages, 2019, p. 11.
Le
parc des RC, plus de 6 200 à l’origine, a été
condamné à 57 % dans les années 80. Compte
tenu des effets subits - encrassement, concentration de graisse,
développement de nuisibles, mauvaises odeurs, conditions
de travail dégradées… -, le nombre optimal
avait été fixé à 2 700 pour la modernisation
des RC sur la période 1999-2004. À l’origine,
un RC se vidait environ toutes les 4 heures, l’objectif
était de limiter le volume à une chasse/jour et
de condamner des RC jugés inutiles. Une chasse de 5 m³/
jour pour 2 700 RC aurait dû consommer environ 13 500 m³/j.
mais c’est finalement 3 370 m³/j
qui ont été atteints en 2009, à cause de
multiples dysfonctionnements de la temporisation, soit 5 % de
la consommation totale sur le réseau et une baisse de 98
% en 10 ans (2).
(2)
- Apur, Étude sur le devenir du réseau d’eau
non potable. Partie 1 : Analyse et diagnostic,
décembre 2010, p. 95.
Le
maintien en bon état de fonctionnement d’un parc
de 2 700 RC avait été considéré comme
nécessaire en 2012. En 2020, sur les 2 683 prévus
à conserver, 1 684 fonctionnent et 999, dont 167 très
utiles, sont en attente de réparation. La perspective d’une
réduction à 2 274, sur la base des RC considérés
comme utiles et très utiles a été
construite à partir d’un premier retour des services
de la DPE. Dans le cadre de l’atlas, il s’est avéré
utile de croiser cette cible avec d’autres données
de surface - concentration de souillure, répartition des
restaurants, donc des bacs à graisse - et de sous-sol :
tapis de graisse en égouts.
La
baisse des RC utiles entre la fin du XXe siècle
et le XIXe siècle est explicable par la forte présence
de sable due au macadam usé, les matières organiques
sur chaussée, et l’augmentation de la consommation
domestique d’eau.
L’installation de bouches d’égout sélectives
a aussi contribué à réduire les apports en
macro déchets. La réduction de leur nombre reste
toutefois à surveiller, au regard des économies
globales d’eaux potable et non potable circulant en égout,
et de la mise en œuvre nécessaire d’une gestion
locale des eaux pluviales, qui n’ont pas à être
traitées en stations d’épuration, voire de
la récupération des eaux d’exhaure à
partir des grands postes d’épuisement. Un équilibre
raisonné du débit de temps sec est à rechercher
à partir d’une approche multicritère : économie
et préservation de la ressource en eau et en énergie,
densité et performance du patrimoine… |
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Sources
: Apur, DPE, DEVE, Eau de Paris
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Méthodologie
cartographique
Cette
carte de densité - carreau de 25 m x 25 m - est construite
à partir des 57 444 points de signalement relevés
par les utilisateurs de l’application Dans Ma Rue
entre 2019 et 2021. N’ont été sélectionnés
que les points liés à la propreté de l’espace
public, à savoir les souillures animales, les mégots,
les graisses, et les épanchements d’urine. |
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Éléments
de méthode et de cartographie
pour la thématique propreté et assainissement |
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Méthodologie
•
La propreté et la sollicitation de l’espace public
cartographie la densité des points singuliers liés
à la propreté de l’espace public - souillures
animales, mégots, graisses, épanchements d’urine
- identifié par les équipes de nettoiement et signalé
via l’application mobile Dans ma rue. Ces densités
sont mises en relation avec les BL conservées ou non -
buffer de 15 m - et la répartition des BRT : disponibles,
indisponibles…
• Le nettoiement de la voirie par coulage de caniveau est
cartographié à partir de plusieurs entrées.
Il s’agit de mesurer la place générale du
coulage de caniveau dans les espaces publics - trottoirs effectivement
coulés et sens d’écoulement, approché
à partir du modèle numérique de terrain,
localisation des avaloirs - et de mesurer la part de linéaires
de trottoirs stationnées pour lesquels le nettoiement par
coulage sera effectivement maintenu.
• Le bon fonctionnement du réseau d’assainissement
cartographie la situation des RC et les linéaires de réseau
conservés et non conservés au regard des densités
de restaurants, situés à moins de 15 m, et des tapis
de graisse en égouts, situés à moins de 50
m (donnée DPE). |
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Les
trottoirs soumis au coulage de caniveau :
état existant
Sources
: Apur, DPE, DEVE, Eau de Paris
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La
concentration des établissements de la restauration : état
existant
Méthodologie
cartographique
Cette
carte de densité - carreau de 100 m x 100 m - est construite
à partir des 15 067 points de restauration issus de l’enquête
BDcom de l’Apur. Sources
: Apur, DPE, DEVE, Eau de Paris |
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Lecture
cartographique
Avec
une moyenne de 5 250 signalements, la rive droite de la Seine
- Paris Centre, Xe, XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements
- apparaît comme le territoire le plus soumis aux souillures
pour lesquelles l’eau non potable joue un rôle primordial.
Il en va de même pour les trottoirs sur chaussée
stationnée et soumis au coulage de caniveau, dont la part
s’élève à 74 % - soit 1 200 km - de
l’ensemble des trottoirs concernés par le coulage
de caniveau : 1 640 km soit 68 % des trottoirs sur chaussée.
Le nombre de tapis de graisse en égouts s’élève
à 228 pour l’ensemble de Paris - dont 50 % à
Paris Centre, VIIIe, IXe et XVe arrondissements, soit 108 - et
ne sont pas directement corrélés avec la concentration
de restaurants en surface : 6 800 restaurants dans Paris Centre,
IXe, Xe, XIe et XVIIIe arrondissements, soit 45 % du total parisien.
Pour l’ensemble du territoire parisien, la part des bouches
de lavage situées à moins de 15 m des fortes concentrations
de souillures s’élève à 83 % - seulement
61 % à Paris Centre, Ve, VIe, XIIe et XIVe arrondissements
- tandis que leur part s’élève à 91
% pour les trottoirs sur chaussée stationnée et
soumis à du coulage de caniveau. Le nombre de réservoirs
de chasse conservés à proximité des tapis
de graisse et des fortes concentrations de locaux de restauration
s’élève à 1 612, soit 82 % du total. |
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.....
Étude Atlas des usages et des potentiels
du réseau parisien d'eau non potable -
Apur
..............
La
DPE a souhaité approfondir l’un des scénarios
issus de ces travaux, visant à une réduction
de près de 30 % de ce réseau, en le
croisant avec les objectifs de la mandature actuelle,
concernant le renforcement de la végétation
à Paris, la lutte contre les îlots de
chaleur urbain, et plus largement dans la perspective
du PLU bioclimatique, approuvé fin 2024 par
le Conseil de Paris. C’est dans cette optique
que l’Apur a réalisé cet atlas
cartographique des usages et des potentiels, qui doit
permettre une vision partagée du réseau
d’eau non potable à Paris à travers
ses usages, pratiques existantes, et les objectifs
environnementaux, conciliant la préservation
de la ressource en eau, le renforcement de la végétalisation,
l’amélioration du bilan carbone et les
conditions de vie futures : rafraîchissement,
aménités urbaines, qualité de
vie…
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L’Apur,
Atelier parisien d’urbanisme, est une association
loi 1901 qui réunit autour de ses membres fondateurs,
la Ville de Paris et l’État, les acteurs
de la Métropole du Grand Paris. L’Apur
a pour missions de documenter, analyser et développer
des stratégies prospectives concernant les évolutions
urbaines et sociétales à Paris et dans
la Métropole du Grand Paris. Ses missions sont
déclinées chaque année par l'adoption
en assemblée générale d'un programme
de travail détaillant l'ensemble des études,
observatoires et traitement de données, que l'Apur
est chargé de réaliser et de porter à
la connaissance de ses administrateurs et du public.
Directrices
de la publication : Dominique ALBA, Patricia PELLOUX
Étude réalisée par : Frédéric
BERTRAND, Tristan LAITHIER, sous la direction de : Olivier
RICHARD
apur.org
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