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Exposition Migrations et climat
Comment habiter notre monde ?

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(2) Déséquilibres : Quand le changement climatique menace le vivant
Que faire ? - Mer, migrations et climat

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C’est une exposition pensée en forme de question : comment habiter notre monde ? Une exposition qui bouscule les idées reçues non pas en cherchant à en imposer d’autres, mais en ouvrant les imaginaires et les possibles, en invitant le visiteur à prendre conscience de l’importance des défis qui sont devant nous, et à dialoguer avec ceux qui y font déjà face aujourd’hui. Poser les bonnes questions, assumer le doute et la variété des points de vue, refuser les certitudes assénées à coup de marteau pour tétaniser la pensée, mettre en regard des données scientifiques et des visages humains, voilà le pari de cette exposition, qui se termine encore par une autre question : que faire ?
À chacune, chacun, de s’en emparer à sa manière pour poursuivre son chemin une fois sorti du Palais.
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Constance Rivière, Directrice générale du Palais de la Porte Dorée

Déséquilibres : Quand le changement climatique menace le vivant  

Migrer a toujours été une stratégie des êtres vivants pour s’adapter aux conditions changeantes de leur environnement. Aujourd’hui, les bouleversements du climat causés par les humains sont si rapides que les espèces vivantes peu ou non mobiles peinent à s’adapter, et celles qui peuvent se déplacer migrent de plus en plus vite.
Ces changements mettent en péril les moyens de subsistance, et transforment le mode de vie des communautés humaines, étroitement liées à la nature. Le climat n’est pourtant jamais la seule cause des départs. La migration résulte toujours d’un enchevêtrement de causes économiques, sociales ou politiques préexistantes.
De la Vendée à Mayotte, du Groenland à la Louisiane, du Soudan du Sud jusqu’à la vallée du Mékong, l’exposition présente ici des témoignages de l’ampleur des catastrophes ou de la dégradation progressive de l’environnement, jusqu’à le rendre parfois inhabitable.
Ces expériences relatent la douleur de la perte, mais aussi le courage de s’adapter, de résister ou de partir. Face à cela, le débat public s’enflamme souvent, polarisant les questions migratoires, et privilégiant les images-choc à la compréhension des causes profondes.

 
Vulnérabilité et résilience des territoires français Le Mékong, un fleuve aux multiples enjeux

En France, le changement climatique menace progressivement l’habitabilité de certains territoires. L’élévation du niveau de la mer accélère l’érosion du littoral. Le recul du trait de côte entraîne la submersion de zones dont les habitations ou les activités doivent être relocalisées. D’autres régions subissent davantage de sécheresses, de canicules ou de phénomènes extrêmes, comme des tempêtes rendues plus intenses par les effets croisés du réchauffement de l’océan et de l’humidité accrue dans l’air. Face à ces événements, les habitants cherchent à comprendre ce qui leur arrive, à tirer les leçons du passé, et à construire l’avenir. C’est le cas en Vendée après la tempête Xynthia (2010), ou à Mayotte après les passages du cyclone Chido et de la tempête Dikeledi (2024-2025).


Laura Henno, Un jeune cloue une tôle de son banga. Quartier informel de Barakani, Mayotte © Laura Henno

Au Vietnam, le delta du Mékong est touché par la montée du niveau de la mer, aggravée par l’affaissement des sols. Dans ce territoire de mousson, les inondations sont habituellement perçues comme des ressources pour la pêche et l’agriculture. Aujourd’hui, elles perturbent les écosystèmes locaux et menacent d’engloutir une partie du delta.
La construction de nombreux barrages en amont du fleuve, notamment en Chine et au Laos, pose aussi problème, car elle réduit le débit d’eau douce et bloque les sédiments indispensables à la fertilité des terres agricoles. Les changements environnementaux associés à des facteurs socio-économiques et culturels alimentent des flux d’émigration importants, notamment vers la métropole de Hô Chi Minh-Ville.


Clara Jullien, Bassins aquacoles accompagnés de cabanes dédiées à leur surveillance, non loin de la côte sud du delta du Mékong, dans la province de Ben Tre, district de Binh Dai, commune de Thoi Thuan, le 26 mars 2022 © Clara Jullien
Après le passage du cyclone Chido, le Palais de la Porte Dorée confie à l’artiste Laura Henno une résidence d’urgence sur l’île. Habituée du territoire, elle y capture les traces de la violence subie, et la reconstruction rapide des quartiers informels.
Clara Jullien étudie la migration humaine dans un contexte de changements environnementaux. Ici, elle capture en 2022 les bassins aquacoles, accompagnés des cabanes dédiées à leur surveillance, non loin de la côte sud du delta du Mékong, province de Ben Tre, district de Binh Dai. La salinisation des sols et des eaux pousse certains agriculteurs à transformer leurs rizières d’eau douce en bassins d’eau salée pour l’élevage des crevettes.
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Louisiane, coconstruire son futur lieu de vie
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Arctique, le vivant déréglé

Sandra Mehl, Louisiane, les premiers réfugiés climatiques des États-Unis, 2016-2023

Au sud de la Louisiane, l’Isle de Jean Charles disparaît peu à peu sous la mer. Elle est rongée par les ouragans, l’érosion côtière et la montée des eaux, conséquences directes du dérèglement climatique. Parallèlement, l’affaissement des sols s’intensifie sous l’effet de plusieurs décennies d’exploitation pétrolière.

© Sandra Mehl

En 2016, les derniers habitants de l’île reçoivent une aide fédérale pour être relogés à 70 km au nord. Présenté comme un modèle face aux déplacements climatiques, ce projet soulève des tensions.


© Katie Orlinsky

Au nord du continent américain, les peuples autochtones du cercle polaire – Inuit du Groenland, Yupik d’Alaska, Inuvialuit de l’Ouest canadien – sont directement affectés par la crise écologique. Bien que peu responsables du réchauffement climatique, ils en subissent directement les effets. La fonte du pergélisol - une couche de terre habituellement gelée en permanence - fragilise les sols et les habitations.
En outre, le recul de la banquise bouleverse la répartition spatiale des espèces.

Ces transformations rapides affectent la sécurité alimentaire de ces populations et leur mode de vie, étroitement lié à la chasse et à la pêche. Elles perturbent également les repères spirituels. Dans les cultures animistes du cercle polaire, la nature est vue comme un réseau de relations entre humains et non-humains. Quand cette relation se dérègle, c’est tout leur lien au vivant qui est remis en cause.
La communauté autochtone majoritaire, la Jean Charles Choctaw Nation, dénonce son exclusion des décisions et la perte de contrôle sur ses terres ancestrales.
Denecia et Wenceslaus Billiot ont toujours vécu à l’Isle à Jean-Charles, et se sont promis d’y passer la fin de leurs jours. Lui s’est éteint un an après cette photo, elle dans l’année suivante, avant que l’ouragan Ida en 2021 n’emporte une partie de leur maison. (2017)
En Alaska, Katie Orlinsky photographie le jeune Reese John jouant sur un pilier d’une maison récemment démolie à Newtok. À quelques dizaines de mètres de là, des falaises de pergélisol s’effritent et tombent dans la rivière Ninglik.
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Soudan du Sud, exil politique, exil climatique
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Images médiatiques, instrumentalisation politique

Le Soudan du Sud est l’un des pays au monde les plus touchés par le changement climatique. Les sécheresses et les inondations extrêmes ravagent les cultures. Les habitants sont contraints de partir pour trouver des ressources ailleurs, sur des territoires habités par d’autres, et où la nourriture manque aussi. Des conflits apparaissent également entre éleveurs et agriculteurs pour l’accès à l’eau.
La dégradation de l’environnement aggrave les tensions, dans un pays déjà fragilisé par des années de guerre civile.
Les données actualisées en 2024 font état de plus de 4 millions de personnes déplacées, dont la moitié à l’intérieur du pays. Dans les pays voisins, de vastes camps de réfugiés ont été créés.


Peter Caton, Une famille migre vers un terrain plus élevé avec son bétail.
Unyielding Floods
© Peter Caton, 2020

Dans les médias, les migrations et le changement climatique sont souvent traités de manière similaire : des images fortes, parfois stéréotypées ou inquiétantes, qui suscitent l’émotion plutôt que la réflexion.

© Arnaud Finistre /AFP

Cette approche réductrice rend plus difficile la compréhension des causes profondes et des liens entre les phénomènes. Elle freine aussi la construction de réponses communes, politiques, à l’échelle internationale, réponses qui sont pourtant indispensables.

Un nouveau discours, appelé écofrontiérisme, qui tire son origine de l’extrême-droite européenne, décrit les personnes migrantes comme une menace écologique, oubliant qu’elles sont souvent elles-mêmes victimes du changement climatique. Et parce qu’elles vivent dans la pauvreté, leur impact sur l’environnement est bien plus faible que celui des populations riches et sédentaires.
Ils sont parmi les plus peuplés du monde.
Celui de Bidi Bidi, en Ouganda, accueille près de 240 000 personnes.
Le Soudan du Sud connaît depuis 2019 des inondations dévastatrices qui ne cessent de s’amplifier. Elles déplacent des centaines de milliers de personnes et détruisent tout sur leur passage. Leur intensité est telle que certaines régions se retrouvent désormais inondées de façon quasi permanente.
En avril 2024, une crue exceptionnelle de l’Armançon a inondé une ferme à Aisy-sur-Armançon (Yonne), causant d’importants dégâts à la suite de fortes pluies.

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Que faire ?

Pour limiter le réchauffement climatique, il faut réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre dans le monde entier. Mais en l’absence de choix politiques coordonnés et rigoureusement appliqués, les populations les plus exposées sont contraintes d’inventer des solutions pour s’adapter.
Les réponses varient selon les contextes et les capacités d’adaptation des sociétés. Dans les zones menacées par la sécheresse, on développe par exemple des techniques pour récupérer l’eau des nuages ou des glaciers.
La migration est aussi une forme d’adaptation. Elle intervient généralement en dernier recours, de manière temporaire ou définitive, lorsqu’une communauté considère que son milieu de vie n’est plus habitable.
Ces démarches doivent alors relever deux défis : préserver la culture liée au lieu d’origine, et protéger les zones nouvellement urbanisées.
Face à ces enjeux, le rôle des organisations internationales fait débat. Leur soutien financier et logistique aux initiatives locales est essentiel, mais certaines voix demandent d’aller plus loin, et réclament la création de voies de migration sûres et une meilleure protection des personnes concernées.

Julie Polidoro, Mongolian Dust Storm, 2023
© Coll. du Musée national de l’histoire de l’immigration © ADAGP, Paris, 2025

 

Chercher des solutions

Loin de se cantonner au rôle de victimes impuissantes, les personnes et les États directement affectés par le changement climatique mettent en œuvre des solutions pour faire face. Préserver les écosystèmes est essentiel pour maintenir l’habitabilité des territoires.

Par exemple, les récifs coralliens protègent les côtes de la montée des eaux, et de l’impact des vagues lors des tempêtes de plus en plus violentes.

La nature, résiliente par excellence, inspire aussi des idées d’adaptation. Des techniques sont mises au point par les humains pour reproduire le mécanisme des glaciers, tels les stupas de glace, ou pour capter l’humidité des nuages afin de lutter contre le manque d’eau.


Abir Abdullah, Boat school, 2022 © Abir Abdullah

Situé dans le delta du Gange, le Bangladesh est en grande partie à moins de 10 m au-dessus de la mer. Le nord subit des crues annuelles, le sud des cyclones, et des millions d’habitants, exposés aux inondations aggravées par le changement climatique, peinent à accéder aux services essentiels. Des bateaux accueillent aujourd’hui des écoles, bibliothèques, espaces de jeu.
Ils sont devenus des solutions pour plusieurs milliers de personnes des régions inondables
de Natore, Pabna et Sirajganj au Bengladesh.
 

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Une gouvernance internationale en germe

Longtemps négligées dans les politiques internationales, les migrations liées au changement climatique ont gagné en visibilité à partir de 2010, lors du sommet de la COP16. L’accord de Cancún marque la première reconnaissance officielle internationale de l’impact du changement climatique sur les migrations.
En revanche, à ce jour, la Convention de Genève, qui définit le statut de réfugié depuis 1951, ne reconnaît toujours pas le climat comme motif valable pour obtenir l’asile.

 
Territoire démilitarisé, entièrement dédié à la recherche et à la préservation de l’environnement, l’Antarctique bénéficie d’une gouvernance interétatique unique, fondée sur le Traité sur l’Antarctique (1959) et le Protocole de Madrid (1991). Inspirés par ce modèle de coopération entre les nations, les artistes Lucy et Jorge Orta ont conçu Antarctic Village – No Borders, une installation temporaire réalisée avec le concours des scientifiques de la base internationale Marambio. Cinquante tentes disposées à même la glace, recouvertes de drapeaux et de vêtements du monde entier forment un village ouvert, lieux d’accueil universel pour toutes les personnes contraintes à l’exil par les dégradations de leur lieu de vie.
 
Lucy + Jorge Orta, Antarctic Village – No Borders
© Courtesy Lucy + Jorge Orta et Musée national de l’histoire de l’immigration. Photo Thierry Bal © ADAGP, Paris, 2025
 
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Mer, migrations et climat
 
Le milieu marin est un milieu ouvert, qui ne connaît pas de frontières. Les courants font circuler librement les masses d’eau, et répartissent la chaleur tout autour du globe.
Ainsi, l’océan est le grand régulateur du climat, un équilibre établi depuis des milliers d’années.
Cet équilibre est en passe d’être rompu à cause des activités humaines. Depuis le début de l’ère industrielle, l’océan a absorbé 90 % de l’excès de chaleur dû aux gaz à effet de serre, limitant à ses dépens le réchauffement de l’atmosphère.
Aujourd’hui, les eaux de l’océan sont surchauffées, plus acides, moins oxygénées, plus diluées et plus stratifiées. Elles deviennent moins favorables à la vie marine. Les espèces capables de se déplacer migrent vers les régions plus fraîches, souvent vers les hautes latitudes.
Celles qui ne peuvent pas bouger subissent de plein fouet ces changements rapides, sans avoir le temps de s’adapter.
Les humains qui vivent près du littoral ou qui dépendent des ressources marines sont les premiers à subir les conséquences de ces déplacements et dérèglements. La montée du niveau de la mer, les tempêtes et cyclones plus intenses, ainsi que la fragilisation de la banquise, rendent le littoral moins habitable. La raréfaction ou la migration des espèces pêchées provoquent des tensions sociales, économiques et diplomatiques.
Face à ces bouleversements, les humains font preuve d’inventivité et de résilience. Pour d’autres, la migration devient la seule option, au risque de perdre une part de leur identité culturelle.

 

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Sénégal : pêcher ou partir

Historiquement dépendante de la pêche, cette région subit depuis une cinquantaine d’année de nombreuses perturbations : la surpêche artisanale et industrielle, le réchauffement des eaux qui déplace des espèces marines vers le nord, la montée du niveau de la mer qui submerge le littoral lors d’événements extrêmes...
Les conséquences sont dévastatrices pour tous les professionnels parmi lesquels pêcheurs, mareyeurs, transformateurs, fabricants de matériel. Beaucoup doivent changer de métier, quitter le littoral, et parfois abandonner leurs traditions et leurs cultures ancestrales liées à l’océan.
Certains décident de s’exiler vers l’Europe, dans l’espoir d’y construire un avenir meilleur.

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Groenland : vivre avec une nature dérèglée

Comme toutes les populations arctiques, les Inuits sont à l’origine un peuple de migrants. Ils sont venus par vagues successives des régions arctiques asiatiques, en passant par le détroit de Behring. Chasseurs nomades, ils se sont stabilisés au Groenland, vivant de pêche et de chasse au caribou, au bœuf musqué, au phoque ou à la baleine. Leurs déplacements sur la banquise, les périodes de chasse et de pêche, l’abondance des captures dépendent entièrement des conditions climatiques.
Aujourd’hui, l’Arctique est l’un des endroits les plus touchés par le réchauffement climatique, et l’ensemble de la société inuite est affectée par ces dérèglements de la nature. Chacun s’adapte comme il le peut, modifie ses activités, ses coutumes, migre vers la capitale ou à l’étranger, ou choisit de rester pour faire vivre les traditions de la culture inuite.


Julien Beneyton, Mauritania, la petite pêche, 2010. Galerie Michel Giraud

Au cours d’un voyage en Mauritanie, Julien Beneyton est témoin, le temps d’une journée, de la vie d’une communauté de pécheurs. L’artiste observe alors avec fascination la chorégraphie des allées et venues de ces hommes et femmes au travail.

© Julien Beneyton © ADAGP, Paris, 2025

Frappé par le décalage entre l’énergie déployée par cette population, dont la survie au quotidien dépend de la générosité de l’océan, et la pêche du jour pour le moins modeste, il décide d’en restituer toute la dimension tragique.

Lors de l’une des expéditions menées dans le cercle polaire arctique à bord de la goélette Noorderlicht, l’artiste britannique David Buckland projette des mots sur les parois d’icebergs, puis capture ces créations éphémères. La phrase Another World Is Possible, empruntée au mouvement altermondialiste, s’inscrit sur la glace comme un manifeste poétique. Le relief irrégulier du glacier transforme le texte en une apparition fragile, évoquant dans le même temps la vulnérabilité des glaciers, mais également la fragilité du message d’espoir soumis aux publics.

David Buckland, Another World is Possible
- Ice Text projection, 2005-2009


© David Buckland
Son sens aigu de l’observation, à partir de cette micro-société, lui permet ainsi de rendre visible une réalité qui s’impose à échelle mondiale, celle de la fragilisation et de l’appauvrissement des écosystèmes marins.

Sur les plages de Joal-Fadiouth, au Sénégal, le ballet des pirogues se fait de plus en plus discret.
Les sardinelles, pilier de la sécurité alimentaire nationale, se raréfient.
Cette crise frappe de plein fouet les femmes, au coeur de la transformation du poisson. Leur activité s’effondre, menaçant un tissu économique fragile.

Guillaume Collanges, Transformation du poisson aux abords du port de Joal au sud
de Dakar (Sénégal) © Guillaume Collanges

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Les espèces marines et le changement climatique

L’océan se réchauffe, entraînant en cascade de nombreuses perturbations : courants marins modifiés, désoxygénation, cyclones dévastateurs, montée du niveau de la mer, impacts massifs sur les espèces marines, car la plupart ne peuvent pas réguler leur température.
Si des espèces déplacent leurs zones d’habitat pour conserver leurs conditions de vie habituelles, toutes ne peuvent pas se déplacer assez rapidement pour survivre. Certains écosystèmes n’ont alors d’autres solutions que de disparaître, entraînant la chute de la biodiversité qu’ils abritent.
Ces changements ont des effets directs sur les sociétés humaines, notamment sur la pêche. Dans les zones tropicales, les ressources halieutiques chutent fortement, touchant des populations parmi les moins responsables du changement climatique. En même temps, les zones de pêche migrent vers les hautes latitudes, attisant les tensions entre les pays. Même dans les régions tempérées, des espèces commerciales vitales peuvent disparaître à moyen terme.

Une projection immersive sur les migrations marines

Sur un mur numérique géant de 13 × 3 m, le public peut explorer la remontée des espèces marines vers des latitudes plus élevées. La vue globale, enrichie de zooms sur des zones intertropicales, tempérées et polaires, révèle les bouleversements liés au réchauffement climatique.

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Îles du Pacifique : naufrage inéluctable ?

Tuvalu, Kiribati, îles Cook, îles Marshall…
Ces myriades de petites îles perchées à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer sont bien vulnérables face à la montée des eaux. Le niveau moyen de la mer augmente actuellement à raison de 3 mm par an à cause de la fonte des glaces continentales et de la dilatation de l’eau de mer du fait de son réchauffement.
Cette hausse devrait s’accélérer au cours du siècle : d’ici 2100, elle pourrait atteindre au moins 1,40 mètre, et jusqu’à 2 ou 3 mètres dans les siècles suivants.

Les visiteurs constatent la perte de biodiversité et de ressources halieutiques dans les zones intertropicales, le déplacement des zones de pêche des zones tempérées vers les pôles, la disparition de certaines espèces dans les régions polaires, ainsi que les risques de conflits pour l’exploitation de ces ressources.
Des projections basées sur différents scénarios d’émission de gaz à effet de serre permettent de visualiser les trajectoires possibles de ces migrations et leurs impacts sur les écosystèmes marins.

© Lucile Casanova

De multiples solutions sont à l’étude : rehaussement des terres, construction de digues, déplacement de certaines zones habitées, accords d’accueil avec d’autres États, relocalisations…

Le photographe anglais Nick Brandt dénonce depuis plusieurs années les bouleversements infligés à la planète, en particulier le dérèglement climatique.
Avec sa série SINK/RISE (Fidji, 2023), il met en lumière la vulnérabilité, mais aussi la détermination des populations du Pacifique face à l’élévation inexorable des océans et à la disparition annoncée de leurs îles.
Ces portraits sous-marins montrent des hommes et des femmes dans un décor étrange : seuls ou en duo, assis sur un mobilier froid et inadapté, plongés dans un monde aquatique vidé de toute autre forme de vie.

Nick Brandt, Petero by Cliff, Fiji, 2023
© Nick Brandt - Galerie Polka

Le Palais s'engage pour une exposition plus responsable

S’inscrivant dans une démarche RSO - responsabilité sociétale des organisations -,
l’exposition
Migrations & Climat illustre l’engagement concret du Palais de la Porte Dorée
en faveur du développement durable, de l’inclusion et de l’accessibilité.

· Une scénographie conçue pour durer · Un transport d'œuvres plus responsable
· Un climat maîtrisé... sans surconsommation · Sensibiliser pour mieux comprendre

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Exposition Migrations et climat Comment habiter notre monde ?

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Pour la première fois, le Palais de la Porte Dorée déploie dans l’ensemble de ses espaces, Musée et Aquarium, une exposition monde : Migrations et Climat. Celle-ci explore les dynamiques des migrations humaines, mais aussi du vivant, qui sont liées au dérèglement climatique. Plus de 200 photographies documentaires, œuvres d’art, dont certaines inédites, témoignages, vidéos, infographies et installations sont rassemblées pour une expérience de visite documentée, incarnée et sensible. Les créations d’artistes internationaux comme Lucy + Jorge Orta, Inès Katamso, Margaret Wertheim, Ghazel ou encore Quayola, dialoguent avec les enjeux propres à différentes parties du monde, ici mises en lumière, du Sénégal aux Îles du Pacifique en passant par le Groenland ou bien sûr la France. Le parcours donne à voir et à entendre, dans leur diversité, des réalités souvent méconnues de nous comme des populations directement concernées.
Jusqu'au 5 avril 2026, au Palais de la Porte Dorée, 293, avenue Daumesnil – Paris (XIIe).

 

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L’exposition a été conçue avec une grande rigueur scientifique, reposant sur les données issues d’organisations
spécialisées, un conseil constitué d’experts internationaux dont François Gemenne, rapporteur du GIEC spécialiste reconnu des migrations environnementales, Sylvie Dufour, biologiste marine, directrice de recherche émérite au CNRS. Ce travail repose également sur des échanges nourris avec des témoins, des activistes, et des personnes directement concernées. En croisant les regards artistiques, scientifiques et citoyens, Migrations et Climat éclaire un débat de société majeur, invitant à replacer l’humain et le vivant au cœur des préoccupations climatiques, culturelles et sociales, et à imaginer collectivement des réponses face aux bouleversements en cours.

Conseil scientifique

Sylvie Dufour, directrice de recherche émérite, CNRS ; chargée de mission mer, Muséum national d’Histoire naturelle
François Gemenne, politologue, professeur à SciencesPo Paris, à l’Université Libre de Liège et à HEC Paris, rapporteur du GIEC.
Pour l’Agence Française de Développement (AFD) :
Mathilde Bord-Laurans, Responsable de la division Climat et Nature
Matthieu Buratti, Chargé de mission Gouvernance