Exposition Le pouvoir des fleurs - Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)
+ Un parcours contemporain des métiers d’art
26 avril – 1er octobre 2017
- Musée de la Vie romantique, Paris (IXe)


Entre science et beaux-arts, Pierre-Joseph Redouté incarne l’apogée de la peinture florale ; surnommé le Raphaël des Fleurs, il est devenu un modèle encore célébré aujourd’hui grâce à l’élégance et à la justesse de son interprétation d’une nouvelle flore venue orner les jardins entre la fin de l’Ancien Régime et la Monarchie de Juillet. Le musée de la Vie romantique organise pour la première fois en France, une exposition consacrée à Redouté et à son influence. Peintre botaniste, il a contribué à l’âge d’or des sciences naturelles en collaborant avec les plus grands naturalistes de son temps. Il a répondu à leur préoccupation de classement et d’identification de plantes rapportées des quatre continents en les reproduisant à l’aquarelle sur de précieux vélins avec une rigueur scientifique et un talent artistiques inégalés.

Le contexte

À l’époque des progrès horticoles, alors que les dames s’initient au langage des fleurs, leurs portebouquets, éventails et bijoux sont le reflet de leur passion botanique. Des tentures, broderies pour des robes de cour, papiers peints et porcelaines… témoignent de cet engouement pour la fleur telle que Redouté l'a sublimée. Une classe de la Fleur destinée à l'industrie lyonnaise de la soie a éclos au tout début du XIXe siècle, tandis qu’un Salon des Fleurs met à l'honneur un véritable genre pictural.
Plus de 250 peintures, aquarelles, objets d’art, et vélins qui, en raison de leur fragilité, seront présentés suivant un accrochage en partie renouvelé en trois saisons proviennent de nombreuses collections publiques françaises - musée du Louvre, musée des Beaux-Arts de Lyon, musée de Grenoble, musée Fabre de Montpellier… - et des musées de Belgique.



En 1797, le baron Gérard et cinq autres artistes, parmi lesquels Girodet, peignent chacun un panneau pour orner le salon de l’hôtel particulier de M. Gaudin à Paris, rue du Mont-Blanc, dont l’architecture intérieure a été confiée à Charles Percier.
L’ensemble représente des thèmes mythologiques gracieux, voire érotiques, où les fleurs sont un élément décoratif dominant. Gérard peint cette Flore qui, immatérielle et diaphane, marche à la surface du globe terrestre, entourée d'une multitude de fleurs aux tons pastels et nacrés qu'elle sème sur son passage, au gré du vent. La souplesse de la ligne, les couleurs aux tonalités retenues, et plus encore les cheveux bouclés et ébouriffés, les yeux mi-clos et le sourire extatique expriment la caresse du Vent.

Pierre-Joseph Redouté
Stirpesnovae Arenaria balearica

Planche destinée au recueil Stirpes novae (…), [Plantes nouvelles (…)]
de Charles Louis L’Héritier de Brutelle,
publié de 1785 à 1805
Impression sur vélin avec rehauts
d’aquarelle, filet doré, 1784
Paris, MnHn
Photo © Muséum national d'histoire naturelle,
Dir. Générale déléguée des collections,
bibliothèque centrale 
François Pascal Simon Gérard
Flore caressée par Zéphyr
1802
Huile sur toile
Grenoble, Musée de Grenoble
© domaine public .Crédit photographique :
Jean-Luc Lacroix/Musée de Grenoble

Pierre-Joseph Redouté
Cactus cochenillifer

Planche destinée au recueil Plantarum
succulentarum historia. Histoire des
plantes grasses, avec leurs figures en couleur dessinées par P. J. Redouté,

publié à partir de 1799
Aquarelle sur vélin, vers 1797-1798
Paris, MnHn
Photo © Muséum national d'Histoire naturelle,
Dir. Générale déléguée des collections,
bibliothèque centrale

L'œuvre de Pierre-Joseph Redouté, le Raphaël des fleurs

En 1840, s’éteignait Pierre-Joseph Redouté, peintre de fleurs au Muséum d’Histoire naturelle depuis 1793. Surnommé le Raphaël des fleurs, il eut l’ambition de participer à la description du monde et de sa flore en accompagnant, par l’exactitude de ses dessins, les découvertes des botanistes explorateurs qui parcouraient les océans et collectaient les espèces nouvelles du règne végétal. Il sut doter son oeuvre d’un charme indéniable qui plut à Joséphine de Beauharnais comme à la duchesse de Berry et qui exerce encore aujourd’hui auprès de l’amateur une réelle séduction. Ses créations sont célèbres, reproduites dans de nombreux ouvrages. Elles incarnent l’art délicat de l’horticulture et du jardinage, et ses Roses constituent les icônes inégalées de la peinture de fleurs.
Pourtant, il est rarement donné l’occasion au visiteur de découvrir des exemples de son art : il s’agit certes d’une oeuvre fragile, réalisée presque exclusivement à l’aquarelle sur vélin dont le temps d’exposition est compté, mais sans doute est-ce également le signe d’une forme de désintérêt qui, assez tôt, entoura le nom de Redouté. Cela tient au genre qu’il épousa et qui s’apparente peu ou prou à celui de la nature morte, au bas de l’échelle dans la
hiérarchie des genres prônée depuis le XVIIe siècle par les instances artistiques son oeuvre n’était pas considérée par la critique, qui n’avait d’yeux que pour la peinture d’histoire, objet de tous les débats et de tous les combats esthétiques. Redouté produisit en outre un art au caractère hybride, entre description scientifique et tableau d’agrément, et contribua lui-même à cette confusion : il débuta comme simple peintre botaniste au Muséum en accumulant des planches descriptives des différentes espèces, puis il développa, le succès venant à partir des années 1810, une production plus ornementale et décorative faite de bouquets.
Innovateur sans être révolutionnaire, il perfectionna au sein de son atelier les techniques de reproduction et améliora le procédé de gravure au pointillé en couleur pour atteindre un niveau inégalé, mais il ne comprit que trop tard, dans les années 1830, que la gravure traditionnelle était obsolète, trop coûteuse, et que seule la lithographie était un médium viable pour prolonger l’édition de ses recueils ; il ouvrit largement ses portes à une génération de jeunes femmes qui y gagnèrent un métier et une reconnaissance mais qui ne reçurent que très rarement les faveurs de la critique au Salon.
Redouté contribua pourtant pleinement, voire initia l’engouement pour une flore devenue, au-delà du simple motif, un objet particulier empreint de l’esprit du temps. À travers ses recueils, ses fleurs constituèrent une source d’inspiration pour les grandes manufactures, qu’il s’agisse de la porcelaine à Sèvres ou de la soie à Lyon ; elles furent aussi un vecteur de connaissance et d’émancipation pour les amateurs — et surtout amatrices — botanistes, qui voyaient dans le jardin un nouvel espace d’apprentissage et de connaissance. L’oeuvre de Redouté irriguait les arts
appliqués comme les arts majeurs, incarnant l’esprit d’une époque.

Pierre Joseph Redouté
Fritillaire impériale dans Les Liliacées par Augustin Pyrame de Candolle, Pierre-Joseph
Redouté, François de Laroche, Alire Raffeneau- Delile, Paris, 1802 – 1816, Paris,
MNHN, direction des Collections, Bibliothèque centrale
© Muséum national d'Histoire naturelle / Dist. RMN.

Biographie

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), né à Saint-Hubert dans les Ardennes belges, apprend la peinture dans les Flandres et en Hollande, avant de s’installer en 1783 à Paris, où il s’initie à l’observation botanique.
Son talent d’artiste et sa précision scientifique sont si vite reconnus qu’il se voit confier en 1788 l’exécution de planches sur vélin pour la Collection du roi, dont le Néerlandais Gérard Van Spaendonck a la charge. En 1792, il est dessinateur à l’Académie des sciences et illustre les ouvrages des naturalistes les plus célèbres. Le centre mondial des sciences naturelles est alors le Jardin du roi, qui devient le Muséum d’Histoire naturelle en 1793.
Joséphine Bonaparte collectionne à Malmaison des plantes de tous pays et soutient Redouté par ses commandes de recueils. Il est célèbre, dirige un atelier important, participe au Salon, fréquente de nombreux artistes, est nommé maître de dessin du Muséum en 1822. Mais, bientôt, ses bouquets aquarellés et ses albums passent de mode, les difficultés financières s’amoncellent jusqu’à sa mort en 1840.
Redouté a souvent montré, comme Gérard Van Spaendonck, sa préoccupation de livrer des modèles aux manufactures. Il laisse à sa mort un album inachevé, destiné à l’enseignement dans les écoles spéciales, aux manufactures et aux applications industrielles de tous genres.


François Pascal Simon Gérard
Portrait du peintre P. J. Redouté
1808-1809
Huile sur toile
Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts
© Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Photo d’art Speltdoorn & Fils, Bruxelles


François Pascal Simon Gérard fait poser son ami, Peintre de fleurs de l’impératrice depuis 1805. Redouté vit alors la période la plus féconde et la plus heureuse de sa carrière durant laquelle il bénéficie de la protection de Joséphine et qui se termine avec la mort de la souveraine en 1814. Les deux artistes se sont probablement rapprochés quand ils ont tous deux eu la jouissance d’un atelier réservé aux artistes au Louvre. Redouté, très sociable, a peut-être fréquenté le salon de Gérard qui possède plusieurs vélins botaniques du maître. Membre de plusieurs sociétés savantes, Redouté reçoit l’insigne de l’ordre de la Légion d’honneur des mains du roi Charles X en 1825. Cependant sa candidature à l’Académie des Beaux-Arts est refusée. Ce portrait fut acquis auprès de la veuve de l’artiste en 1854.

Du pinceau au burin, les facettes du talent de Redouté

Le peintre doit parvenir, pour aboutir à la perfection de l’iconographie végétale, à la réunion de trois éléments essentiels : l’exactitude,
la composition et le coloris.
Pierre-Joseph Redouté,
Choix des plus belles fleurs […] et des plus beaux fruits, 1827

Observer et retranscrire la nature, en mots et en images : le dessinateur et le botaniste apportent chacun leur expertise pour une description complète et cohérente des plantes. Redouté s’appuie sur des herbiers pour préciser ou réaliser entièrement le dessin du végétal. Le spécimen vivant, observé avec une loupe, est indispensable pour la mise en couleurs.
Les planches les plus anciennes exposées ici sont exécutées au lavis d’encre
noire, leur commanditaire, L’Héritier de Brutelle, craignant - comme d’autres à l’époque - que la mise en couleur ne cache des détails.
Dès 1788, avec son professeur Gérard Van Spaendonck, Redouté s’essaye à l’aquarelle sur vélin, un parchemin très fin et très blanc obtenu à partir d’une peau de veau mort-né ou de veau de lait qui met les nuances particulièrement en valeur. Pour ses publications, il a recours à la gravure au pointillé. Découverte peu auparavant en Angleterre, cette technique qu’il perfectionne donne l’illusion du dessin. Un instrument, appelé roulette, permet de juxtaposer très finement les points incisés dans la plaque en métal qui sert ensuite à l’impression. Toutes les couleurs sont appliquées simultanément sur la plaque, à l’aide d’un tampon de chiffon nommé poupée. Redouté est le premier à utiliser pour la botanique ce procédé qui nécessite une grande virtuosité. Il finalise fréquemment ses gravures par des retouches à l’aquarelle.

Pierre-Joseph Redouté
Microlonchus salmanticus

Planche destinée au recueil
Sertum anglicum (…) [Plantes rares de jardins près de Londres et principalement
dans les jardins royaux de Kew (…)]

de Charles Louis L’Héritier de Brutelle,
publié de 1789 à 1792
Lavis sur papier rehaussé d’aquarelle
1787-1788 Liège, collections
artistiques de l’Université
© Collections artistiques de l’Université de Liège, Belgique

Pierre-Joseph Redouté Caladium picturatum 1788 - Aquarelle sur vélin, filet doré
Paris, MnHn
Photo © Muséum national d’histoire naturelle,
direction des Collections, Bibliothèque centrale


© RMN-Grand Palais (musée du Louvre)
/ Michel Urtado /Service presse/ MVR

Pierre-Joseph Redouté
Fleurs : roses trémières,
raisins et le lori cramoisi

1836, aquarelle sur vélin
Paris, musée du Louvre,
département des arts graphiques

Cette aquarelle exposée au Salon de 1837 fut acquise pour le roi Louis-Philippe. L’artiste a souvent ajouté des fruits à ses grandes compositions florales, en particulier des raisins dont il sait si bien rendre la texture qui reflète la lumière. La présence du perroquet donne vie à cette vision mystérieuse. On lui connait quelques études d’oiseaux, la rose trémière est alors une fleur à la mode qui rivalise avec le dahlia et s’achète chez le fleuriste.

Un parcours contemporain des métiers d’art

En résonance, Ateliers d’Art de France propose un parcours de créations métiers d’art inédit, déployé au sein des collections permanentes et des espaces extérieurs du musée. 26 créateurs contemporains dialoguent avec l’oeuvre de Redouté et montrent la vitalité toujours actuelle du motif de la fleur.


Cécile Chacheyron
Herbier III (Détail), 2016,
plâtre, vitrine en bois et verre


L'Herbier présente un paysage poétique. On découvre dans une vitrine un coeur en pleine éclosion, des tiges aux motifs floraux et organiques, une main décorée de branches, des ex-votos fleuris, des pétales, des fleurs et des feuillages dans le visage d'une jeune femme...
L'artiste explique : Ces formes s'inspirent des multiples collections d'herbes de mon enfance, comme un nouvel herbier réinventé en volume. Tirée des cabinets de curiosités, cette vitrine présente une collection à la fois étrange et attirante.

© Muséum national d'Histoire naturelle

Ce règne végétal n’est pas révolu, et un monde fleuri continue à peupler l’imaginaire des créateurs. En écho à la postérité de Redouté dans les arts appliqués, les espaces du jardin et de la maison de l’enclos Chaptal sont ouverts aux métiers d’art le temps de cette exposition.
Ils permettront de montrer la diversité des formes et des techniques d’artistes qui puisent leur pratique aux champs traditionnels de l’artisanat et jouent de la contrainte du matériau pour faire oeuvre, s’appropriant ici les motifs de la fleur et du végétal. Cette source d’inspiration toujours renouvelée est sans doute le témoignage du caractère vivant de l’héritage de Redouté.
Argent, bronze, coton, émaux sur cuivre, grès, laine, mosaïque, papier, plâtre, plume, porcelaine, silicone, soie, terre crue, verre… 26 créateurs façonnent la matière pour réaliser une quarantaine d’oeuvres originales qui prendront vie dans le jardin et les salles du musée de Vie romantique. Un dialogue avec l’oeuvre de Redouté, révélant la vitalité toujours actuelle du motif de la fleur.

Le musée de la Vie romantique


Au coeur du quartier de la Nouvelle Athènes, l’hôtel Scheffer-Renan sis au n°16 de la rue Chaptal, dans le IXe arrondissement,
abrite depuis 1987 le musée de la Vie romantique de la Ville de Paris.

Une allée discrète bordée d’arbres centenaires conduit à un charmant pavillon à l’italienne devant une cour pavée et un délicieux jardin de roses et de lilas. Le peintre et sculpteur Ary Scheffer (1795-1858), artiste d’origine hollandaise y vécut de 1830 à sa mort. Il y avait fait construire deux ateliers orientés au nord, de part et d'autre de la cour, l’un pour travailler et enseigner, l’autre pour vivre et recevoir.


© D. Messina – Ville de Paris

Le Tout-Paris intellectuel et artistique de la monarchie
de Juillet fréquenta ainsi
l'enclos Chaptal :
Delacroix, George Sand et Chopin - fidèles habitants du quartier - Liszt, Rossini, Tourgueniev, Dickens, Berlioz, Gounod…
Pieusement conservé par sa fille Cornelia Scheffer-Marjolin, puis par sa petite-nièce Noémi, fille du philosophe Ernest Renan, ce lieu d’exception fut pendant cent cinquante ans le foyer d’une famille entièrement vouée aux arts et aux lettres. La Ville de Paris en devint le dépositaire en 1983. Elle est devenue pleinement propriétaire le 1er janvier 2007.

© D. Messina – Ville de Paris

© D. Messina – Ville de Paris

© D. Messina – Ville de Paris
L’orientation muséographique a permis de reconstituer en 1987, avec le concours du décorateur Jacques Garcia, un cadre historique harmonieux pour évoquer l’époque romantique :
au rez-de-chaussée, les memorabilia de la femme de lettres George Sand : portraits, meubles et bijoux des XVIIIe et XIXe siècles, légués au musée Carnavalet par sa petite-fille Aurore Lauth-Sand.
Au premier étage, les peintures
du peintre Ary Scheffer entourées d’oeuvres de ses contemporains. Le charme évocateur du musée tient aussi à la reconstitution
de l’atelier-salon, avec la bibliothèque enrichie par quatre générations : Scheffer, Renan, Psichari et Siohan. L’atelier de travail du peintre, rénové en 2002 avec la complicité de François-Joseph Graf, permet d’élargir le concept romantique, avec des expositions qui alternent thèmes patrimoniaux et modernité.

Le salon de thé Un thé dans le jardin ouvert sur le jardin intérieur
et une librairie boutique complètent
les services offerts et accueille
le public du mardi au dimanche
de 10h à 18h, de la mi-mars
à la mi-octobre.

Exposition Le pouvoir des fleurs - Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)
+ Un parcours contemporain des métiers d’art
26 avril-1er octobre 2017
- Musée de la Vie romantique, Paris (IXe)

avec le partenariat exceptionnel du Muséum national d'Histoire naturelle

 

Exposition
Le pouvoir des fleurs
Pierre-Joseph Redouté
(1759-1840)

Commissariat de l’exposition
Catherine de Bourgoing,
commissaire invitée, historienne des jardins,
Sophie Eloy,
directrice adjointe du musée de la Vie romantique
Jérôme Farigoule,
directeur du musée de la Vie romantique

Le parcours de l’exposition se développe en 4 parties :

  • Pierre-Joseph Redouté, Raphaël des fleurs
  • Du pinceau au burin, les facettes du talent de Redouté
  • Fleurs et arts appliqués
  • De l’industrie au salon